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Dans le monde
Ebola
des malades moins égaux que d’autres
Alors qu’une nouvelle épidémie d’Ebola ravage la République démocratique du Congo, on ne peut qu’être révolté par la quasi- inexistence des moyens mis en œuvre pour l’enrayer. Les cas d’hantavirus survenus à bord d’un navire de croisière dont les passagers avaient déboursé 18 000 euros ont suscité une tout autre mobilisation.
À bord du MV Hondius, où trois décès ont eu lieu, les 88 passagers et les 61 membres d’équipage pouvaient disposer d’un médecin de bord. Des tests médicaux ont pu être effectués rapidement permettant de déterminer la souche responsable de la maladie mortelle. Une fois les passagers évacués, les malades ont pu bénéficier des soins indispensables et les cas contact, des mesures de surveillance et d’isolement qui s’imposaient, cela sous le contrôle d’équipes médicales compétentes.
Il n’y a rien eu de tel en République démocratique du Congo. Le 27 avril, un infirmier a développé les premiers symptômes d’Ebola à Bunia, capitale de la région d’Ituri. Il est mort trois jours après mais aucune alerte n’a été donnée. On peut mourir de tant de maladies dans cette région où il n’y a de toute façon aucun personnel médical capable de faire le diagnostic. Le corps a été rapatrié pour les cérémonies funéraires dans la ville minière de Mongwalu, à 80 km de là. Ebola pouvant se transmettre lors de tels rassemblements, toute une partie de la ville a donc été exposée sans le savoir et quinze personnes y sont mortes en deux semaines, puis cinquante. Le virus a donc probablement circulé pendant tout le mois d’avril. Lorsque les autorités ont fini par se rendre compte du danger, des prélèvements ont été effectués et envoyés pour analyse vers les quelques laboratoires existants. Ils n’ont rien donné et pour cause : la chaîne du froid n’ayant pas pu être respectée en cours de route, les échantillons ne valaient rien. Il a fallu un nouveau protocole pour que puissent être effectuées des analyses probantes qui ont diagnostiqué la responsabilité de la souche Bundibugyo du virus Ebola, différente de la souche Zaïre des quinze épidémies précédentes. Cette souche n’est pourtant pas nouvelle et avait déjà causé deux flambées de la maladie.
À la différence de la souche Zaïre, il n’existe ni vaccin ni traitement pour la souche responsable de l’épidémie actuelle. Il ne resterait donc que l’isolement des cas contact. Mais comment serait-il possible en République démocratique du Congo, dans des régions où les travailleurs passent d’une exploitation minière à l’autre au gré des opportunités et où les seules règles sont celles qu’imposent les bandes armées ? La maladie s’est déclarée à Goma, ville d’un million et demi d’habitants contrôlée par l’AFC/M23, une milice en guerre permanente avec l’armée congolaise. Des malades qui s’ignorent encore circulent donc actuellement dans toute la région, jusqu’en Ouganda voisin où des cas ont été déclarés.
Face à ce désastre, les soignants congolais, ceux des organisations humanitaires ou de l’OMS se débattent dans le dénuement le plus total. L’un d’entre eux, dans la ville d’où est partie l’épidémie, déclarait à Radio France International : « on manque de tout. Il y a très peu de médicaments, très peu d’isolement pour les malades, pas suffisamment d’équipement pour le personnel ».