Après la mort d’un identitaire : une campagne réactionnaire
Ministres et responsables politiques, du PS à l’extrême droite, ont déclenché une campagne contre LFI et la violence de ceux qu’ils appellent « l’ultragauche », à la suite de la mort tragique à Lyon d’un militant identitaire, en marge d’une conférence de la députée européenne Rima Hassan.
Quentin Deranque, étudiant de 23 ans, était un militant catholique traditionaliste, royaliste proche de l’Action française et membre d’un groupe identitaire, venu assurer le service d’ordre des militantes d’extrême droite du groupe Némésis. Avec leurs méthodes provocatrices habituelles, celles-ci étaient venues perturber la conférence de la députée pro-palestinienne Rima Hassan organisée dans le campus de Sciences-Po Lyon. Plus tard, dans les rues voisines, Quentin Deranque a été mortellement blessé au cours d’une rixe opposant ces identitaires à un groupe, à ce stade non identifié, venu pour en découdre.
Le drame a été exploité sans délai par un large panel de politiciens, allant de l’extrême droite au PS, accusant LFI d’encourager la violence en politique : « les milices de Mélenchon tuent » (Marion Maréchal-le Pen) ; « C’est l’ultra-gauche qui a tué, pas la police » (Darmanin, ministre de la Justice) ; « LFI porte une responsabilité morale (…) en encourageant la violence » (Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement) ; « LFI brutalise le débat politique » (Raphaël Gluksmann). L’assistant parlementaire de Raphaël Arnault – le fondateur du groupe antifa La jeune garde, élu député LFI en 2024 et qui a dénoncé le meurtre - accusé sans aucune preuve d’être impliqué, a été interdit d’accès à l’Assemblée nationale par sa présidente. Le ministre de l’Enseignement supérieur envisage d’interdire les conférences de Rima Hassan dans les universités sous prétexte qu’elles représenteraient « un trouble à l’ordre public ».
Si l’on ne peut que déplorer la mort de ce jeune homme sous les coups et condamner la méthode de ceux qui l’ont frappé, quels qu’ils soient, cette campagne est aussi écœurante qu’hypocrite. Elle évacue le fait que ce sont d’abord les nervis d’extrême droite qui agressent, frappent et parfois tuent. Le groupe féministe identitaire Néménis, dont la porte-parole est chroniqueuse sur Cnews, multiplie les provocations dans différentes villes en ciblant LFI. A Lyon, le média Rue89 a recensé plus de cent actes violents perpétrés par l’extrême droite depuis 2010 : une librairie anarchiste et un local du PCF ont été plusieurs fois saccagés ; des personnes dont la tête ne revient pas à ces nervis, couples mixtes, Arabes ou Noirs, homosexuels supposés, ont été plusieurs fois tabassées dans la rue ou à la sortie de soirées ; des militants connus ont été agressés ; en novembre 2023, le groupe Guignol Squad a attaqué une conférence sur la Palestine avec des barres de fer, blessant gravement trois personnes. Les deux tiers de ces agressions sont restées sans aucune suite judiciaire.
En instrumentalisant la mort de ce jeune identitaire, ceux qui accusent Mélenchon et la prétendue « ultra-gauche », cherchent à isoler LFI et à faire de ce parti un pestiféré, puisqu’il est un concurrent sur le terrain électoral et au sein du parlement. Par la même occasion, ils dédouanent l’extrême droite, au moment où les partis de droite s’en distinguent de moins en moins et pourraient bientôt gouverner avec elle. Les uns et les autres, PS compris, lui ouvrent ainsi un boulevard.
Mais au-delà des rivalités entre partis qui se disputent le pouvoir, cette campagne menace tous ceux qui refusent de se taire quand Netanyahou, soutenu par les dirigeants français et occidentaux, massacre les Palestiniens ou qui dénoncent le sort indigne réservé par l’État aux migrants. En dénonçant la « violence » d’une « ultra gauche » mal définie, il s’agit de faire oublier la violence exercée dans de vastes proportions par ceux qui gouvernement. En fait, cette campagne vise à intimider tous ceux qui refusent de marcher au pas dans cette période où ceux qui dirigent préparent ouvertement la guerre.
Xavier Lachau