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- Lutte de Classe n°256
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L’impérialisme américain plonge le monde dans la guerre
En lançant le 28 février la campagne de bombardements américano-israéliens contre l’Iran, Trump voulait faire une démonstration de force. Plus de deux mois après le début du conflit, il n’était toujours pas parvenu à faire céder le régime de Téhéran. En revanche, le résultat était le déclenchement d’une crise générale de l’économie du fait du blocus du détroit d’Ormuz, axe majeur du commerce mondial, et le président des États-Unis apparaissait incapable de trouver une issue au guêpier dans lequel il avait lui-même décidé de se mettre.
Le bras de fer se poursuit donc, sans que l’on puisse prévoir ce que seront ses prochains développements, qu’il s’agisse de la fin du cessez-le-feu intervenu le 8 avril suivi de nouveaux bombardements et d’une reprise de la guerre, ou qu’un accord au moins provisoire soit trouvé.
La guerre que l’impérialisme américain mène à l’Iran dure en fait depuis qu’en 1979 une révolution a renversé le chah, le dictateur sur lequel les États-Unis s’appuyaient jusque-là. Depuis son avènement, le régime des mollahs a en effet voulu affirmer son indépendance vis-à-vis des grandes puissances et en particulier des États-Unis, ce que ceux-ci n’ont pas admis et toujours combattu. Cependant, ce nouvel affrontement déclenché sous la présidence de Trump se place au cœur d’une offensive plus vaste.
Ce conflit vient après l’intervention au Venezuela contre le président Maduro, les pressions renouvelées sur Cuba, l’affirmation des ambitions des États-Unis sur le Groenland et même le Canada, la guerre des droits de douane déclenchée contre les concurrents et notamment contre la Chine. Cette volonté d’affirmer une loi du plus fort ne peut se réduire à la personnalité du président Trump ni à sa propension aux coups de menton et à proclamer qu’il fera ce que ses prédécesseurs n’ont jamais fait et qu’il réparera même leurs erreurs. Cette agressivité est bien plus profondément celle de l’impérialisme américain, dans une période de crise où il lui faut affirmer ou réaffirmer qu’il est l’impérialisme dominant et qu’il entend le rester. Elle prend pour cible tous les régimes qui cherchent, d’une façon ou d’une autre, à échapper un peu à sa tutelle. Après avoir par le biais des attaques contre le Venezuela et contre Cuba adressé un avertissement à l’ensemble des pays d’Amérique latine tentés de diversifier leurs relations, il veut à travers l’Iran le lancer à tous les États du Moyen-Orient. Il s’agit pour lui de faire comprendre que, quoi qu’il arrive, c’est bien l’impérialisme américain qui entend imposer sa loi dans cette zone stratégique et en contrôler les ressources. L’agressivité de l’État israélien et de son dirigeant Netanyahou, prêt à s’attaquer à tous ses voisins, vient à point nommé pour appuyer cette offensive.
Pour l’impérialisme américain, l’épreuve de force engagée avec l’Iran n’est pas encore gagnée, et ne le sera peut-être pas de sitôt, mais les conséquences en sont déjà très lourdes. La population iranienne paye au prix fort l’affrontement. Une ONG a estimé le nombre de victimes à plus de 3 500 morts. Des infrastructures essentielles, des routes, des ponts, des sites industriels ont été détruits. Au Liban, les opérations israéliennes ont fait plus de 2 500 morts et plus d’un million de déplacés, soit près de 20 % de la population totale et beaucoup ont fui le sud du pays, où il est très peu probable qu’ils puissent revenir. Ces opérations viennent s’ajouter à l’entreprise génocidaire qui se poursuit à Gaza et aux exactions des colons en Cisjordanie, décidées par un gouvernement israélien qui sait que, dans le contexte actuel, son protecteur américain lui laisse toute liberté d’agir.
Aux morts et aux destructions s’ajoutent les conséquences de l’aggravation de la crise économique. Dans toute l’Asie, frappée par la pénurie de pétrole due au blocage des approvisionnements, des millions de personnes connaissent des restrictions. Des villes où des entreprises sont même à l’arrêt. D’après l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le manque d’engrais, dont un tiers de la production mondiale transite par le détroit d’Ormuz, va aggraver la situation alimentaire dans de nombreux pays d’Afrique. Les pays riches d’Europe occidentale ainsi que les États-Unis eux-mêmes sont touchés par la crise et l’inflation qui en découle.
L’offensive de l’impérialisme américain a ainsi des effets déstabilisants sur toute la planète et sur son économie. Même si elle devait connaître des répits du fait des difficultés rencontrées par Trump, elle dépasse déjà largement le cadre du Moyen-Orient et de ses guerres répétées. La volonté des États-Unis de réaffirmer leur domination mondiale ne peut s’arrêter au Golfe persique. Leur principal concurrent est aujourd’hui la Chine, un pays qui, de simple sous-traitant des entreprises occidentales, prisé pour sa main-d’œuvre à bas coût, est devenu une grande puissance économique et technologique qui peut contester leur domination sur bien des marchés. Le fait que l’offensive sur l’Iran ait créé un risque pour les approvisionnements pétroliers chinois n’est donc sans doute pas pour déplaire aux dirigeants de Washington, mais il n’est certainement qu’un début dans leurs tentatives de couper les ailes de ce concurrent.
Sous la présidence de Trump, et quelles que soient ses incohérences, les États-Unis ont donc engagé ce qui est une véritable troisième guerre mondiale dont l’enjeu est d’affirmer leur domination et qui, à un moment ou à un autre, devra viser la Chine. Elle fait partie d’une évolution générale guerrière dont les dirigeants des principaux États sont conscients et qu’ils ont largement alimentée en augmentant leurs budgets militaires. En 2025, les dépenses d’armement pour l’ensemble du monde se sont élevées à 2 887 milliards de dollars, en augmentation pour la onzième année consécutive. Pour se doter des armes de destruction les plus modernes, les États réduisent leurs dépenses pour la santé, le logement, l’éducation. Dans les pays les plus pauvres, la misère explose et très souvent alimente le chaos politique.
En 1915, alors que l’Europe était plongée dans la Première Guerre mondiale, Rosa Luxemburg écrivait : « Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. » (Brochure de Junius).
Et la militante qu’elle était concluait en affirmant sa conviction que seul le prolétariat révolutionnaire, en renversant le capitalisme, pouvait offrir un autre avenir à l’humanité. Cette conclusion est plus que jamais d’actualité.
5 mai 2026