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Venezuela : les étrangleurs jouent les sauveteurs
Le bilan provisoire du tremblement de terre du 24 juin au Venezuela se montait déjà au bout de cinq jours à 1 700 morts et 5 000 blessés.

Il s’ajoutait à ce bilan plus de 50 000 disparus, sûrement ensevelis dans les 60 000 immeubles en partie ou totalement effondrés.
Alors que de nouvelles répliques secouaient la zone comprise entre Caracas et La Guaira sur la côte caraïbe, la population, sans presque aucune aide de l’État, tentait seule, à mains nues et dans la chaleur, de retrouver des rescapés. Elle ne disposait que de pioches et de pelles en nombre insuffisant, sans eau pour se laver et boire, ni d’électricité ni d’ambulance pour emmener les blessés.
L’armée semble avoir été surtout présente pour empêcher les sinistrés de s’approcher des zones dangereuses. Ainsi, des vidéos montrent des habitants excédés interpellant des militaires : « Lâche ton fusil et viens prendre une pioche ! » À Caracas, près d’un immeuble effondré, la présidente Delcy Rodriguez a été huée par la foule : « Le gouvernement ne fait rien pour le peuple ! »
Dans une telle tragédie, au Venezuela comme partout, les pauvres ne peuvent compter que sur leur solidarité. L’État montre son vrai visage : efficace pour le maintien de l’ordre et la répression mais incapable de se mettre au service de la population. Dans ces conditions, les puissances impérialistes peuvent se donner le beau rôle à peu de frais. L’armée américaine a déployé une centaine de Marines pour rouvrir le port de La Guaira endommagé et permettre le débarquement de l’aide humanitaire. Le gouvernement de Trump a débloqué une aide financière et des secouristes de divers pays se rendent sur les lieux de la catastrophe. Les États-Unis, qui contrôlent à nouveau le pays depuis l’enlèvement du président Maduro, profitent de l’occasion pour améliorer leur image… et renforcer leur emprise.
Les médias du monde entier montrent et dénoncent l’incurie du gouvernement vénézuélien. Elle est flagrante mais d’où vient-elle ? L’Etat vénézuélien n’est ni plus ni moins corrompu que tous les États de la région sur lesquels s’appuie l’administration américaine, mais surtout il est en faillite. Et cette faillite a été voulue et organisée par les États-Unis.
Aujourd’hui encore, les sanctions économiques décidées en 2019 restent pour l’essentiel actives. Depuis janvier, le seul domaine où les États‑Unis ont accordé des licences de commercialisation est celui du pétrole. Les sanctions continuent de rendre impossible l’entretien du réseau électrique ou du réseau d’eau potable. Partout, les pièces manquent pour réparer les stations de pompage, les transformateurs, les bus, les camions. Les hôpitaux ne peuvent pas importer de matériel médical ni payer leurs fournisseurs. Le manque de pompiers et de moyens de secours est à l’image de l’effondrement général.
Il n’y a pas que les sanctions américaines qui étranglent l’économie vénézuélienne. Quelques heures après le sinistre, le Financial Times révélait l’ampleur réelle de la dette extérieure du pays : 240 milliards de dollars. Cette dette est détenue par des fonds financiers qui ne font pas et ne feront pas de cadeau.
La population vénézuélienne est victime d’un tremblement de terre meurtrier et historique, décuplé par l’action destructrice de l’impérialisme.