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Royaume-Uni : la démission de Keir Starmer
Lundi 22 juin, le Premier ministre britannique Keir Starmer a piteusement remis sa démission après avoir passé à peine deux ans au pouvoir.
Parvenu au pouvoir à la faveur d’élections législatives qui avaient mis fin à quatorze années de domination des conservateurs, Keir Starmer a écœuré jusqu’à ses partisans les plus convaincus. Dès son accession au pouvoir en juillet 2024, il a enchaîné les coupes dans les budgets sociaux, par exemple en rognant l’aide au chauffage hivernal de dix millions de retraités ou en plafonnant les allocations familiales. Il a en revanche procédé à une hausse inédite du budget de la défense. Pour le seul fait d’avoir protesté contre le massacre des Gazaouis, des milliers de manifestants propalestiniens ont été arrêtés en vertu de la législation antiterroriste. Et Starmer s’est régulièrement affiché avec Macron, proposant les services de l’impérialisme britannique pour des interventions militaires en Ukraine ou plus récemment dans le golfe Persique. Même sur l’immigration, alors que Starmer avait timidement critiqué la politique répressive xénophobe des conservateurs, il a multiplié les mesures et les projets répressifs.
Mais le fait de filer ainsi le train à la droite n’a pas préservé les travaillistes, bien au contraire. Dix ans après le référendum sur le Brexit, la démission de Starmer – le sixième Premier ministre britannique en une décennie – met en évidence le discrédit des partis de gouvernement. L’extrême droite a engrangé plusieurs succès dans des élections locales, notamment le 7 mai dernier, et les sondages placent aujourd’hui le parti xénophobe Reform UK comme favori d’éventuelles législatives. Les travaillistes sont également concurrencés sur leur gauche par les Verts et leur leader Zach Polanski. Ceux-ci ne sont pas spécialement radicaux mais le conservatisme du Labour les fait apparaître, par contraste, comme tels. Quant à la gauche travailliste, incarnée par l’ancien dirigeant du parti Jeremy Corbyn, elle a été exclue et marginalisée par Starmer et ses sbires.
C’est le lâchage par ses propres ministres qui a poussé Starmer vers la sortie, un lâchage précipité par l’élection à la Chambre des communes de son rival Andy Burnham lors d’une législative partielle à Makerfield dans le nord- ouest de l’Angleterre. Dans le système institutionnel britannique, le Premier ministre doit être un parlementaire et Burnham était jusqu’à présent maire de Manchester, un poste qui ne lui permettait pas d’accéder au 10, Downing Street. En devenant député, il peut briguer la succession de Starmer à la tête du Parti travailliste, et donc du pays, le Labour gardant une majorité absolue au Parlement, avec plus de 400 députés. Mais Burham, qui a commencé sa carrière dans les gouvernements des sinistres Tony Blair (1997-2007) et Gordon Brown (2007-2010), ne propose nullement de mener une politique différente. Ces dernières semaines, il a tenu à rassurer le grand patronat sur le fait que sa politique serait dans la continuité de celle de Starmer, qui devrait lui céder la place d’ici mi-juillet.
Les travailleurs britanniques sont avertis : le prochain gouvernement travailliste mènera une politique tout aussi antiouvrière que celui qui s’apprête à prendre la porte, et que personne ne regrettera.