Port de Marseille : marins en grève04/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3001-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Port de Marseille : marins en grève

Lundi 2 février, des marins grévistes des compagnies Corsica Linea et La Méridionale ont utilisé les canots de sauvetage de leurs navires pour bloquer l’accès nord du port de Marseille. Un paquebot de croisière et plusieurs ferries attendaient encore en mer mardi 3 février.

Les grévistes, organisés par la CGT des marins, entendent protéger leurs emplois et, plus spécifiquement, leurs emplois aux conditions du « premier registre français ». Cette classification assure aux marins des conditions de salaire, de temps de travail, d’assurance et de retraite, comparables à celles de tous les salariés de droit français. Il existe en effet un autre registre, « le registre international français », RIF, qui permet d’embaucher des équipages aux conditions internationales. Selon ces dernières, par exemple, les trois quarts des marins des grands cargos n’ont pas mis pied à terre dans les six derniers mois…

Jusque-là les compagnies ayant des délégations de service public pour relier les îles françaises, particulièrement la Corse, et le continent, celles des ferries intérieurs à l’UE et celles faisant la navette avec le Maghreb, étaient au premier registre. Mais elles sont concurrencées par des compagnies, MSC en Méditerranée, DFDS en Manche et d’autres, qui payent leurs équipages au tarif international, dont le minimum légal n’atteint pas l’équivalent de 700 euros par mois, et les font travailler quasiment sans limite.

La première réponse, la loi dite Le Gac, a consisté à imposer des limitations à ces compagnies, comme par exemple de contrôler que les équipages ne travaillent pas plus de 14 jours de suite. Les contrôleurs des ferries de la Manche rapportaient début janvier, après un an de loi Le Gac, que les marins faisaient 14 jours en Manche… puis continuaient ailleurs sur d’autres bateaux de la même compagnie. L’État se montre donc incapable de contrôler et refuse en fait de le faire.

L’autre réponse, celle des directions syndicales depuis un demi-siècle et encore aujourd’hui, est de demander à l’État de forcer les compagnies françaises à rester au premier registre, quitte à les subventionner, et d’interdire le marché aux autres. C’est, au fond, ce qu’a fait l’État français de l’époque de Louis XIV à celle de De Gaulle… pour le plus grand bénéfice des armateurs. Et les armateurs s’y conformaient, tant qu’ils y gagnaient.

Mais l’époque a changé et Saadé, le propriétaire et dirigeant de la CMA CGM, première compagnie française et troisième au monde dans le transport de conteneurs, a donné sa réponse. Aucun de ses 400 grands cargos n’est au premier registre. Les bateaux de La Méridionale, une filiale de la CMA CGM, le sont, par force, puisqu’ils assurent les lignes vers la Corse. Mais la rentabilité de La Méridonale baissant, Saadé voudrait vendre la compagnie, avec tous les risques d’un changement de régime pour les équipages.

Après ceux de la Manche, les marins de Marseille défendent donc leurs emplois et leurs conditions de vie avec les moyens à leur disposition. L’expérience de la pression continue à la baisse sur les équipages, de la part de tous les armateurs et de tous les gouvernements, leur a certainement appris à n’avoir confiance que dans la pression qu’ils peuvent, eux, exercer.

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