“Journée de solidarité” : les salariés ont payé, pas l’État01/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3022-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-07-01

Leur société

“Journée de solidarité” : les salariés ont payé, pas l’État

Après la canicule de l’été 2003, qui avait provoqué la mort de près de 15 000 personnes, Jacques Chirac, alors président, et son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avaient imposé à tous les salariés une journée de travail supplémentaire.

Au prétexte de financer la prise en charge de la perte d’autonomie, cette journée était non payée. Il n’était bien sûr pas question de faire appel à la solidarité des grandes fortunes et des actionnaires : seuls les salariés étaient mis à contribution. Cette « journée de solidarité » correspondait à l’origine au lundi de Pentecôte, auparavant férié. Depuis 2008, les patrons sont libres d’en fixer la date, à condition que leurs salariés travaillent sept heures de plus par an sans rémunération supplémentaire. En contrepartie, les entreprises versent à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) une contribution de 0,3 % de leur masse salariale. L’opération peut être rentable pour le patronat : si le salarié produit en sept heures une valeur supérieure à ces 0,3 %, la différence reste dans les caisses de l’entreprise. Et, depuis 2013, les retraités imposables contribuent eux aussi à hauteur de 0,3 % de leur pension.

Ce dispositif rapporte aujourd’hui plus de 3 milliards d’euros par an. Depuis sa création, il a permis de collecter près de 60 milliards d’euros, destinés notamment aux Ehpad, aux maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) et à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA).

Pourtant, plus de vingt ans après la catastrophe de 2003, combien d’Ehpad restent mal adaptés aux canicules ? Combien manquent toujours de personnel ? Combien de personnes âgées ou handicapées demeurent isolées chez elles faute d’accompagnement suffisant ?

En fait, l’État ne s’est pas donné les moyens d’utiliser réellement ces fonds. Depuis des années, l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) dénonce le fait qu’une partie des crédits destinés à l’autonomie reste régulièrement gelée ou mise en réserve alors que les besoins sont immenses. En 2021, elle évaluait à 20 milliards d’euros le montant de ce qu’elle appelle une « sous-consommation organisée ». Pour se justifier, les gouvernements ont invoqué les retards de construction, les lourdeurs administratives ou les difficultés de recrutement. Non seulement ces retards traduisent surtout l’absence de volonté de construire, de rénover et d’embaucher à la hauteur des besoins, mais ils signifient que les 20 milliards d’euros en question ont trouvé une autre utilisation.

Vingt ans après avoir demandé aux salariés de travailler gratuitement « par solidarité », le constat est là : l’État a continuellement négligé d’investir dans les infrastructures et les services indispensables aux personnes âgées et handicapées. En revanche, lorsqu’il s’agit de débloquer des dizaines de milliards d’euros d’aides publiques pour les grandes entreprises, les gouvernements savent se montrer autrement plus rapides.

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