Crans-Montana : où sont la justice et la vérité ?04/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3001-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Crans-Montana : où sont la justice et la vérité ?

Un jeune Suisse de 18 ans n’a pas survécu à ses brûlures, portant à 41 le nombre de morts dans l’incendie du 1er janvier au bar Constellation de Crans-Montana, et 70 victimes sont toujours hospitalisées.

Samedi 31 janvier encore, des familles rassemblées dans une ville voisine ont exprimé leur colère, réclamant « la justice et la vérité » concernant cette catastrophe.

Pour ce qui est de la justice, les premiers éléments de l’enquête montrent qu’elle n’est pas pour demain, tant l’institution a montré, le lendemain même de l’incendie, que sa compassion n’allait pas vers les victimes et leurs proches, mais vers les gérants du bar. Après les avoir retenus quelques heures, la procureure les a relâchés et a minimisé les infractions graves à la sécurité dont ils étaient responsables, en les qualifiant de « négligences », comme si le couple avait seulement oublié une pile d’assiettes sales dans un coin…

Ensuite, le public a appris, avec une semaine de retard, qu’à trois reprises les policiers avaient demandé que soient conservées des images de surveillance extérieure, dont une montrait la sortie de secours entravée. Comme par hasard, ces images s’étaient autodétruites entre-temps ! La justice a aussi mis du temps à interroger deux employés de la sécurité de la ville qui, depuis cinq ans, auraient peu ou pas contrôlé des bars et discothèques : 54 de ceux-ci ne sont pas à jour et seuls 38 seraient en règle. Ont-ils omis d’y aller là encore par « négligence », ou sur demande d’autorités soucieuses de ne pas bousculer des commerçants participant à la richesse de la ville ?

Concernant la vérité, ce n’est certes pas du côté du gérant Moretti qu’elle peut se situer. Il n’a cessé de mentir, affirmant sans vergogne que tout était conforme dans son établissement : l’issue de secours était ouverte, les extincteurs visibles, il avait testé lui-même la mousse du plafond à l’origine du sinistre, etc., et rejeté la responsabilité sur ses employés, à commencer par ceux morts dans l’incendie.

Mais plus l’enquête avance et plus les mensonges du couple Moretti éclatent en public, à commencer par leurs revenus, largement sous-évalués afin de faire baisser la caution exigée pour la remise en liberté du mari. Entre leurs trois établissements en Suisse, les propriétés en France et les salaires confortables qu’ils s’octroient, le total de leur fortune serait estimé à un demi-milliard de francs suisses (soit environ 600 millions d’euros), bien au-delà des 10 000 déclarés ! Et le mystère plane toujours pour savoir quel millionnaire aurait payé la caution !

Rien n’est clair dans cet étalage odieux où un Moretti cherche à se disculper, tandis que les autorités communales et judiciaires regardent ailleurs. Les 41 morts, en majorité des jeunes, les survivants dont l’avenir a été détruit et qui, toute leur vie, porteront les séquelles physiques et morales de ce qu’ils ont vécu, tout cela semble ne plus exister pour les uns et les autres. Quant aux proches des victimes, qui réclament justice et vérité, ils n’ont pour l’instant que ce tableau sordide qui ne calmera pas leurs souffrances.

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