Chlordécone : la justice coloniale persiste01/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3022-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-07-01

Leur société

Chlordécone : la justice coloniale persiste

Le 22 juin, le verdict de non-lieu concernant l’empoisonnement des terres, des eaux et des populations de Guadeloupe et de Martinique par le chlordécone a été confirmé par la cour d’appel de Paris.

Certains avaient pu se faire des illusions après l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi présentée le 2 juin par le député de Guadeloupe Elie Califer. Cette loi reconnaît « la part de responsabilité de l’État dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques liés au chlordécone ». À peine vingt jours plus tard, la cour d’appel montrait le peu de cas qu’elle fait des belles déclarations des parlementaires.

Rappelons que le pesticide a été autorisé de 1972 à 1993 pour lutter contre la cercosporiose dans les bananeraies, alors que sa nocivité était connue depuis 1969 et qu’il était interdit aux États-Unis puis en France hexagonale. Le lobby des planteurs de banane, notamment les békés, a alors fait pression et obtenu l’autorisation de produire, vendre et répandre le produit. Des stocks ont continué à être utilisés après 1993.

Le résultat est que plus de 90 % des habitants de Guadeloupe et de Martinique sont contaminés par la molécule du chlordécone. Les terres, les eaux sont polluées pour plusieurs siècles. Alors que des milliers de personnes, en premier lieu les ouvriers agricoles, ont été atteintes de cancers liés à ce pesticide, les tribunaux osent déclarer qu’il y aurait prescription.

Une plainte a été déposée depuis 2006, puis de nombreuses autres, mais l’instruction a été retardée à plusieurs reprises, sous divers prétextes, jusqu’à cette ordonnance de non-lieu.

Face à ce déni de justice, la population, les associations, syndicats et avocats ne sont pas résignés et ont bien l’intention de poursuivre la mobilisation, y compris sur le plan judiciaire, même si le récent jugement montre qu’il ne faut pas attendre de miracles de la part de la justice coloniale.

La meilleure réponse pour l’instant est celle des milliers de travailleurs de la banane qui ne cessent de se battre, de protester et dont les grèves régulières montrent la combativité. Elle se manifeste autant contre les méfaits des pesticides, dont le chlordécone n’est que le plus connu, que contre les accidents causant des blessures parfois mortelles sur les plantations.

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