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Chantiers de l’Atlantique – Saint-Nazaire : chronique d’une fournaiseannoncée
Au chantier naval de Saint-Nazaire, comme dans beaucoup d’autres entreprises, la direction n’avait rien prévu pour faire face à la canicule, pourtant annoncée par les météorologues.

Dans des ateliers de tôlerie, à la chaleur extérieure tapant sur les murs et les toitures métalliques, s’ajoutait celle des chalumeaux et des pinces à souder. C’est le lundi 22 juin que l’équipe d’après- midi a appris quelques heures avant la débauche qu’elle pourrait venir travailler en quart du matin ou en quart de nuit, mais seulement mardi et mercredi ! Et encore, cela faisait suite à un rassemblement de travailleurs qui avaient profité de leur pause pour aller demander des comptes à la direction pour l’équipe d’après-midi.
Dans d’autres secteurs, en 2x8, le responsable d’atelier a d’abord expliqué qu’il ne pouvait pas aménager les horaires… pour ne pas créer de jalousie. Les ateliers mécanisés n’auraient aucun aménagement d’horaires et les travailleurs détachés en deux fois 10 heures n’auraient aucun changement non plus ! À bord des navires et sur les aires de travail en extérieur, la direction refuse depuis des années de passer les équipes en horaires du matin quand il fait trop chaud, pour ne pas payer la prime d’équipe qui va avec. Elle a donc maintenu le travail d’après-midi, malgré la chaleur intenable dans ces fours métalliques que sont les navires en construction.
La semaine avançant et la surchauffe aussi, la plupart des équipes, y compris dans la sous-traitance, sont passées en horaires du matin, créant des bouchons à l’embauche et à la débauche sur un site où pointent tous les jours près de 10 000 travailleurs. En milieu de semaine, l’encadrement a fini par réaliser que le travail n’était plus possible. Les responsables les plus corrects ont laissé les travailleurs gérer la journée comme ils le pouvaient, les autres ont disparu, se répandant en compassion écœurante lors de leurs rares apparitions. Tandis que la tôle des navires atteignait les 65o C, les fontaines à eau fraîche disponibles sur le site se sont mises à fournir de l’eau chaude et ont finalement été condamnées. Et ce ne sont pas les quelques palettes de bouteilles de 25 centilitres mises à disposition qui ont pu régler le problème.
Dans les selfs en préfabriqué, les travailleurs de la restauration, derrière leurs fourneaux, sortaient des plats froids au compte-goutte, de peur qu’ils ne tournent. Les vestiaires étaient des fournaises, mais contrairement à l’hiver, les douches y étaient chaudes ! Et pour finir, l’infirmerie a très vite été saturée. Jeudi 25, vers 13 heures la direction a décidé de faire évacuer les bureaux sans clim et d’interdire le travail en extérieur. Dans certains services, l’information a mis 2 heures 15 à arriver, une demi-heure avant la débauche. Dans d’autres, on attend toujours…
Dans la salle de pause d’un atelier, un climatiseur a été installé, à la va-vite, bien enchaîné pour éviter qu’il ne soit volé. Finalement, un chef d’atelier a fait sauter le cadenas pour l’installer au chevet d’une machine en surchauffe dont le confort est pour lui plus important que celui des travailleurs. Malgré tout, ces derniers ont eu droit en remplacement à un ventilateur, qui a rapidement rendu l’âme. Enfin, le vendredi on a appris que des brumisateurs seraient disponibles prochainement dans les magasins du site.
Ce tableau illustre parfaitement le fonctionnement normal d’une grande entreprise capitaliste : les paquebots, concentré de luxe et de technologie, sont livrés en temps et en heure, les brumisateurs, eux, arrivent après la fournaise. Pour qu’il en soit autrement, faudra-t-il que les matelots se mutinent et débarquent le capitaine sur une île déserte ?